Le 20 décembre est sorti Ferdinand, le nouveau long métrage des studios Pixar. Le héros est un petit taureau, amoureux des fleurs et n'aimant pas se battre, élevé pour la corrida, et qui va tout faire pour échapper à son destin. N'ayant jamais eu l'occasion de parler de corrida avec mes enfants, je n'avais l'intention de les emmener le voir, mais les circonstances ont fait que nous avons fini par y aller. J'appréhendais un peu la manière dont le sujet serait traité. Le résumé d'Allociné était assez flou: "Ferdinand est un taureau au grand cœur. Victime de son imposante apparence, il se retrouve malencontreusement capturé et arraché à son village d’origine. Bien déterminé à retrouver sa famille et ses racines, il se lance alors dans une incroyable aventure à travers l’Espagne, accompagné de la plus déjantée des équipes ! "

 

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La bande-annonce laisse entrevoir des scènes très drôles, suffisamment pour que mes enfants, qui sont assez sensibles et ont refusé d'aller voir Paddington 2 ou Ninjago car ils avaient peur d'avoir peur, me réclament d'aller voir Ferdinand. Et comme c'était l'unique option à part Paddington, et que nous avions rendez-vous au cinéma pour mon anniversaire avec des ami(e)s, nous avons pris nos tickets.

Si l'intrigue est assez simple - le jeune taureau se sauve pour se réfugier chez une petite Nina avec qui il se lie d'amitié, est de nouveau capturé et entraîné pour la corrida, et finit par se sauver en sauvant aussi ses amis -, elle a l'avantage de ne pas être trop chargée, et même si certaines scènes sont évidemment denses et rapides, l'allure du film est suffisamment lente pour que des enfants de 4 à 8 ans puissent suivre et s'amuser. Moments tendres (comme l'image ci-dessus), moments hilarants, moments dramatiques et émouvants, le film contient tout cela et nous a fait bien rire, y compris les adultes. Bonus non négligeable, les visuels sont vraiment beaux, le film nous plonge dans les paysages colorés de l'Espagne et nous fait passer un très bon moment. Mes enfants ont été éblouis par les champs fleuris qu'on a l'occasion de voir à plusieurs reprises. Quant à Ferdinand, ce taureau au grand coeur amoureux des fleurs, et fidèle à ses valeurs malgré les moqueries, il est attendrissant et cela fait du bien de voir un film prôner la non-violence au lieu de la compétition par la force! Le film transmet également un beau message aux enfants, à savoir que nous avons la liberté d'échapper à ce à quoi nous semblons prédestinés et de suivre notre coeur.

Si je vous en parle, c'est évidemment parce qu'il aborde la condition animale. Dès le début, dans le ranch où Ferdinand est élevé avec d'autres jeunes taureaux, on sent qu'il n'est pas à sa place dans ce monde de compétition et de combat auquel ils se préparent tous, rêvant de gloire et de succès. Les adieux de son père, emmené en camionnette vers son destin, sont un moment émouvant, tout comme celui où Ferdinand, qui a réussi à se sauver et à trouver son coin de paradis chez Nina, se fait capturer et ramener à l'élevage, et comprend alors qu'avec sa carrure, il est destiné à la corrida. Cependant, on n'en voit pas d'image avant la fin: tout le long du film, la corrida est uniquement abordée dans les dialogues entre jeunes taureaux, à travers les filtres de leurs rêves de gloire, jusqu'à ce qu'une vérité moins reluisante se fasse jour dans l'esprit de Ferdinand quand il aperçoit les cornes de ses prédécesseurs exposées sur le mur de la maison, à côté d'une photo de son père. Le jeune taureau comprend que les taureaux ne gagnent jamais et n'a alors de cesse de vouloir se sauver et de convaincre ses amis de faire de même.

Une scène, que j'ai trouvée assez angoissante, se passe dans un abattoir. Oui oui, à l'intérieur d'un abattoir! On découvre en effet que les taureaux n'ont guère de choix: s'ils ne se montrent pas forts et agressifs, ils partent à l'abattoir qui se dresse sur la colline. Ferdinand s'y aventure alors pour aller sauver un des autres taureaux. J'ai trouvé la scène très dérangeante: c'est la nuit, l'abattoir est vide, mais le taureau est suspendu à des cordes (on se demande pourquoi, toute la nuit?) et une course-poursuite s'engage à travers la chaîne d'abattage mise en route par erreur: pressoirs géants, tapis roulants, bac de congélation... A vrai dire, je ne sais pas si les enfants ont bien compris de quoi il s'agissait. Heureusement, cette scène ne dure pas très longtemps et tout finit bien évidemment.

Ferdinand, qui réussit à sauver ses amis, est finalement recapturé et jeté dans l'arène, où il épargne le torero qui à son tour lui laissera la vie sauve à la demande de la foule émue. C'est aussi le moment de retrouvailles avec son amie Nina. Lors de cette scène de corrida, si les pires réalités ne sont pas montrées ("préparation" du taureau par exemple), l'animal est cependant piqué et poussé à se battre, et le spectacle, du point de vue de Ferdinand qui est aussi le nôtre, semble absurde et cruel. Le film est donc un réquisitoire sans ambiguïté contre la corrida et peut être un bon angle d'approche pour aborder ce thème avec des enfants sensibles à la condition animale.

Tout se termine bien, mais une fois sortis du cinéma, mes enfants n'ont pas manqué de me demander deux choses: d'une part, qu'adviendra-t-il des autres taureaux dans le film? Ferdinand et ses amis ont été sauvés, mais les autres? L'élevage et la corrida vont-ils continuer? Et d'autre part, si un tel "spectacle" existait vraiment, à quoi il a bien fallu que je réponde oui... En général, j'essaie de leur épargner les vérités cruelles aussi longtemps que possible mais quand on y est confrontés, la meilleure chose reste d'écouter et d'expliquer de manière adaptée à leur âge.

Le film dénonce la corrida, mais passé le générique de fin, les enfants font-ils un lien avec la vraie vie, les vrais animaux, les pratiques cruelles qui existent? J'aimerais savoir si leurs ami(e)s non végés (et les autres enfants ayant vu le film partout dans le monde) se posent aussi ces questions en sortant...