C'est avec une grande joie que j'ai reçu mon exemplaire de Planète végane d'Ophélie Véron. Je me suis bien sûr précipitée sur la partie "Etre végane en famille" qui, comme prévu, regorge de conseils pour vivre au mieux ses choix, dans une société loin d'être végane: Vos enfants seront-ils.elles véganes? Etre adolescent.e dans une famille non végane, menus végétaliens en collectivité, goûters, sorties et fêtes d'anniversaires...

J'ai également dévoré les autres parties (Pouquoi végane? avec un historique passionnant, Devenir végane, Véganisme et santé, Au-delà de l'alimentation et Véganisme et société dont la famille n'est qu'un chapitre). Le style est clair, agréable à lire avec des anecdotes personnelles (les graines de lin coupées au couteau, Ophélie que j'ai ri!), des conseils précis et des réponses très pratiques (les douze objections des omnivores par exemple). J'ai été particulièrement intéressée par "les clés d'une communication végane réussie", sujet que je n'avais encore jamais vu abordé, et pourtant si important. J'ai apprécié le ton bienveillant, positif, encourageant, ne perdant cependant pas de vue l'essentiel, à savoir les animaux, toujours au premier plan, et à long terme la vision d'une société végane. Je vous recommande donc ce livre qui, s'il n'est pas exhaustif sur les sujet des enfants (on vous en prépare un spécifique sur le sujet ;-), est à mettre entre toutes les mains, que ce soient des personnes véganes désireuses d'approfondir certains sujets, des omnivores ou des végés en devenir. 

 

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Je partage donc, toujours avec l'accord d'Ophélie, ma seconde contribution à son livre (p.421-422) qui aborde le reproche fréquemment adressé aux parents véganes, à savoir le fait d'"imposer notre véganisme à nos enfants". La réflexion que je publie ici est légèrement plus longue que celle que vous trouverez dans le livre, raccourcie pour des questions de place et modifiée par endroits. N'hésitez pas à donner (en toute bienveillance) votre point de vue sur le sujet en commentaire!

 

Impose-t-on son véganisme à ses enfants?

 

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En tant que parents, nous avons la responsabilité d’élever des enfants - qui ne sont pas notre propriété [1] -, de les accompagner pas à pas, en respectant leur sensibilité et leurs goûts qui s’affirment, sans devoir pour autant nous interdire de partager nos valeurs.

Même si l’on s’efforce de pratiquer une éducation bienveillante et de tenir compte des désirs des enfants, de nombreux choix leur sont « imposés » : école ou instruction en famille, tablette et télévision ou zéro écran, nourriture majoritairement bio ou au contraire industrielle, vie en grande ville ou à la campagne, dans son pays ou à l’étranger, pratique d’une religion ou non… Et c’est normal, car le travail de parent consiste à donner un cadre, à vivre ses valeurs, à appliquer ce en quoi il a foi, ce qu’il juge être le mieux pour ses enfants.

Le véganisme est un choix qu’on estime le meilleur pour nous-mêmes et pour nos enfants car il est éthique, écologique et bon pour la santé. En tant que parents véganes, nous refusons de laisser nos enfants devenir complices à leur insu de la souffrance animale et de la destruction de leur planète. C’est un choix qui n’est pas seulement personnel, puisqu’il concerne d’autres êtres sensibles.

Bien sûr, tout parent prend des décisions pour le bien de son enfant mais doit rester à l’écoute de la sensibilité de celui-ci, de sa capacité à bien vivre ce choix, mais aussi de sa propre opinion au fur et à mesure qu’il grandit. Toute la difficulté consiste à déterminer jusqu’où nous pouvons décider pour eux : à partir de quel âge peut-on considérer qu’un enfant est vraiment capable de comprendre les conséquences de la consommation de produits animaux et de faire son propre choix ? On peut supposer qu’un enfant de moins de 10 ans, n’ayant (fort heureusement) pas vu de vidéo d’abattoir ou de maltraitance, ne sera pas vraiment à même de prendre une décision qui tient compte de toutes les conséquences. Si certains parents véganes laissent les enfants manger ce qu’ils veulent à l’extérieur et cuisinent 100% végétal à la maison, d’autres s’assurent que leurs enfants évitent les produits animaux jusqu’à l’adolescence. A chacun de trouver la solution qui lui semble la meilleure et si nécessaire le compromis qu’il juge acceptable. Même si on les laisse libres de manger des produits animaux, certains enfants, notamment véganes de naissance, n’en auront pas envie. Les enfants ont en effet une capacité à assumer la différence bien plus grande qu’on ne le croit, du moment qu’elle fait sens pour eux. La question de l’âge est donc délicate, l’essentiel étant, quand les enfants deviennent autonomes, d’accueillir leur choix avec respect, même s’il est différent du nôtre. Il est d’ailleurs normal que les adolescents passent par une phase de rejet des valeurs des parents, ce qui ne veut pas dire qu’ils n’y reviendront pas. D’autres vont rester véganes à l’âge adulte parce que ce choix fait sens pour eux.

A tout âge, l’essentiel est l’écoute, l’empathie. Pour le parent, il s’agit d’accueillir les émotions, la colère, la frustration, tout en restant ferme et confiant dans ses choix (dont l’enfant comprend bien la valeur malgré tout). Autant que possible, il faut souligner le positif, montrer à l’enfant qu’il sauve des animaux, qu’il protège sa planète, qu’il est un petit héros. Les livres végés (voir la catégorie « Livres » de mon blog) tout comme les rencontres avec d’autres familles véganes sont très utiles pour que l’enfant construise une image de lui-même positive, ne se sente pas seul et donne du sens à sa différence. Cuisiner de bons petits plats, recourir si nécessaire aux substituts véganes de produits animaux appréciés des enfants tels que saucisses, jambon, fromage ou bonbons, veiller à ce que les enfants se régalent et aient de bonnes choses à partager avec leurs amis non véganes est également très important.

Enfin, pour éviter la culpabilité que la société tend à nous faire ressentir lorsqu’on élève un enfant selon des valeurs qui ne sont pas (encore ?) celles de la masse, les parents véganes auront intérêt à garder à l’esprit les bénéfices du véganisme dans l’enfance, au-delà de la question de la santé. Un enfant végane informé, soutenu, dont les émotions sont prises en compte, qu’on aide à traverser ses frustrations tout en lui montrant en quoi ses actes sont importants, aura toutes les chances de développer une grande volonté, une confiance en soi solide, une capacité élevée d’empathie et une grande ouverture d’esprit, autant de qualités essentielles pour une vie heureuse.



[1] Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s'attarde avec hier.

Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L'Archer voit le but sur le chemin de l'infini, et Il vous tend de Sa puissance
pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l'Archer soit pour la joie;
Car de même qu'Il aime la flèche qui vole, Il aime l'arc qui est stable.

Khalil Gibran, Le prophète (extrait)