Voici une réflexion que je projetais d'écrire depuis longtemps parce que l'on peut appréhender, quand on est un parent végane ou qu'on envisage de le devenir, la manière d'expliquer ce mode de vie à ses enfants: quels mots employer? Vont-ils comprendre? Que dire ou ne pas dire? Comment faire face aux frustrations? Que faire pour qu'ils vivent au mieux ce choix? En fait, cela s'avère souvent beaucoup moins compliqué qu'on ne le pense, c'est en tout cas mon expérience avec mes deux garçons. A condition de respecter quelques points importants, vous pouvez tout à fait rendre le véganisme logique, convaincant et même attrayant pour vos enfants

Cet article, que j'ai finalement écrit pour Planète végane, le nouveau livre d'Ophélie Véron (Antigone XXI) qui sort aujourd'hui en librairies et sur les sites de vente en ligne, vous aidera donc à accompagner vos enfants de manière appropriée à leur âge et à leur sensibilité. Je le publie ici avec l'accord d'Ophélie et dans sa version intégrale (un peu plus longue que celle qui apparaît dans Planète végane). Je pense que son livre, que j'ai hâte de découvrir, donnera encore bien d'autres pistes aux parents.

 

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Délices véganes à Budapest où l'on se touve en ce moment: pas de frustration en vue!

 

Adopter le mode de vie végane résulte généralement du refus de continuer participer à l’exploitation animale. La plupart des véganes le sont devenus à l’âge adulte, suite à une soudaine prise de conscience. Mais il est aussi des personnes qui sont véganes depuis l’enfance, et des parents qui prennent la décision d’élever leurs enfants sans produits animaux, parfois dès la naissance. Comment faire pour que les enfants comprennent et vivent au mieux ce choix ?

 

Avec un bébé

Au début, avec un bébé, les choses sont relativement simples. Aujourd’hui, on ne manque ni de sites, ni d’avis d’experts, ni de livres traitant du sujet du véganisme. Il est donc aisé pour un parent de s’informer sur les laits végétaux infantiles, la diversification alimentaire végétalienne, les produits de soins non testés etc., ce qui n’était pas encore le cas il y a quelques années (raison pour laquelle j’ai créé mon blog). Le bébé, trop petit encore pour s’interroger, mange ce qu’on lui offre. Les premiers mois, les principales difficultés sont donc de répondre aux questions ou objections de l’entourage (d’où l’importance de bien s’informer) ainsi que de trouver, si besoin, une nounou ou une crèche acceptant les repas végétaliens.

 

Les premières questions

Dès 1 ou 2 ans cependant, l’enfant va s’apercevoir qu’il y a des aliments que les autres mangent et pas sa famille. Il suffit alors de lui expliquer simplement : c’est notre choix de ne pas manger d’animaux, nous ne voulons pas « leur faire bobo ». Personnellement, cet argument a suffi pour mes deux fils : cela est tellement logique pour de jeunes enfants non encore conditionnés à trouver normal de manger l’animal qu’on les invite à trouver mignon dans les livres. Inutile de préparer un cours théorique sur le sujet : au fur et à mesure des questions (passage devant une boucherie, assiette des autres), vous répondrez en termes simples. Vous voir assumer votre choix avec confiance et détermination aidera l’enfant à se l’approprier aussi.

 

Les enfants plus grands : comprendre et s’identifier

A partir de 3-4 ans, les enfants auront davantage de questions. Afin de vous aider à leur répondre de manière adaptée à leur âge, vous pouvez avoir recours à des livres, comme ceux de Ruby Roth, ou à Vegatralala, le court dessin animé plein de douceur réalisé par Maman Carotte. Avec ces informations, les enfants vont commencer à être capables de répondre eux-mêmes aux questions sur leur mode de vie. A cet âge, ils ont un fort besoin d’identification : il est alors bon, si cela est possible, de se mettre en contact avec d’autres familles véganes afin que les enfants s’aperçoivent qu’ils ne sont pas seuls et se fassent aussi des amis ayant les mêmes valeurs. Pour se sentir forts, confiants dans leur différence voire fiers d’elle, les enfants véganes ont également besoin de modèles auxquels s’identifier, ce qui peut leur être fourni par des livres ou des dessins animés dans lesquels les petits héros ne mangent pas de viande et sont acceptés ainsi ou encore sauvent des animaux (voir la catégorie « livres » et pour les dessins animés, mes enfants adorent les Octonauts). Ayez confiance en vos enfants : ils ont la capacité de grandir différents et même d’en tirer des bénéfices (volonté, confiance en soi renforcée, ouverture d’esprit). A cet âge, jouer à manger de la viande ou à tuer des animaux est normal et leur permet de comprendre par le jeu ce qui les préoccupe, si cela arrive laissez-les faire sans jugement.

 

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Présentation du livre ici

 

Parler de l’exploitation animale sans les choquer

Pour les parents véganes, évoquer ce qui se passe vraiment dans les élevages ou les abattoirs est difficile : non seulement cela nous touche profondément, mais on a peur de faire souffrir nos enfants en leur révélant ces atrocités. Cependant, quand des questions nous sont adressées, nous sentons bien que nous avons une exigence de vérité ; de plus, les enfants sentent très bien que ce sujet est important pour nous et essayer de le dissimuler serait vain. Pour parler de l’exploitation animale, inutile d’aller trop loin dans les détails. Selon la sensibilité de l’enfant et ses questions, dès 5-6 ans, si l’enfant le demande, on peut évoquer le fait que les animaux sont enfermés dans des cages minuscules, sont tués trop jeunes, que les veaux sont séparés de leur mère, que les poissons souffrent aussi… Evidemment, évitez absolument toute vidéo contenant des images choquantes. Les enfants n’en ont pas besoin et cela pourrait les traumatiser durablement. S’il faut des images, les illustrations des livres de Ruby Roth suffisent amplement.

 

Accueillir les émotions

Avant tout, il s’agit d’être attentif aux réactions de vos enfants, aux émotions qu’ils expriment, aux incompréhensions qui ne manqueront pas de surgir (« mais pourquoi les gens mangent-ils les animaux ? ») : l’essentiel est de les accueillir, avec empathie et sans jugement. Vous pouvez reformuler : « Cela te rend triste. En colère. Tu voudrais que ce soit différent ». Avouez que vous ne savez pas non plus pourquoi vos proches ou les autres personnes ne changent pas, mais que la force de l’habitude est grande ou qu’il faut une volonté que tout le monde n’a pas. Bien sûr évitez absolument tout jugement ou sentiment de supériorité. S’il s’agit de colère ou de frustration face aux aliments que vous refusez d’acheter, rappelez-leur la raison sans culpabiliser, et essayez toujours de leur offrir de délicieuses alternatives, qui heureusement sont faciles à trouver ou à faire, que ce soient des saucisses, du fromage, des pâtisseries ou des bonbons gélifiés véganes.

 

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Illustration de maman Carotte, en lien avec mon article du 3 février sur les réflexions de mon fils

 

Donner des possibilités d’agir

Se sentir impuissant face à la souffrance animale est bien une des choses les plus difficiles à supporter. C’est pourquoi il est important de montrer aux enfants qu’ils ont un pouvoir, en commençant par souligner ce qu’ils font déjà : en mangeant végétal ils ne font souffrir aucun animal, ils s’occupent peut-être aussi d’un animal sauvé, donnent à manger aux oiseaux en hiver ou veillent à ne pas écraser de petites bêtes (mon fils de 6 ans par exemple est spécialiste du sauvetage de vers de terre égarés sur les trottoirs). Se sentir utile, capable, actif, est important pour l’image que l’enfant construit de lui-même et pour qu’il vive au mieux son véganisme, en lui donnant sens. Si vous êtes également végane par souci écologique, c’est le moment d’expliquer à votre enfant en quoi son alimentation contribue à protéger sa planète. Autant que possible, essayez de lui donner confiance en ses capacités actuelles et de lui faire comprendre, d’une manière positive, sa responsabilité future. Il pourra changer le monde, et y contribue déjà. Si vous militez, soutenez une association ou tenez un blog (ou n’importe quel autre petit geste), n’hésitez pas à en faire part à vos enfants pour montrer comment vous agissez à votre échelle. Afin que les enfants ne développent pas une image négative d’un monde cruel, il s’agit également de souligner les nombreuses choses positives qui se passent dans le monde, les initiatives de personnes ayant du cœur pour les animaux (associations, refuges, livres, produits véganes…). Il peut aussi être enrichissant d’impliquer les enfants dans des actions telles que parrainer un animal, visiter un refuge, donner de l’argent pour que d’autres puissent agir en notre nom… Enfin, aidez-les à concrétiser leurs idées ou leurs souhaits d’actions, qu’il s’agisse d’un exposé en classe, d’une pétition, d’une BD, d’un panneau d’information ou de toute autre initiative. Et bien sûr, pensez à ne pas donner une place envahissante au véganisme dans la vie de vos enfants : répondre quand ils vous sollicitent sur le sujet suffit.

En étant ainsi informés, écoutés et soutenus, les enfants véganes ont toutes les chances de grandir épanouis et confiants.