Même si on s’éloigne un petit peu du végétarisme (encore que, on y revient çà et là, vous verrez), voici aujourd’hui mon témoignage sur la grossesse et la naissance telles que je les ai vécues en Allemagne. J’imagine que cela pourra intéresser nombre de mamans, mais aussi de papas, tournés vers le maternage et la naissance physiologique. Désolée pour les autres qu’un aussi long article ennuiera peut-être !

J’ai été particulièrement heureuse d’avoir la chance de vivre cette deuxième grossesse en Allemagne, où comme vous allez le voir, j’ai pu bénéficier de nombreux avantages par rapport à ma première grossesse en France.

 

Ma première grossesse en France

Pour résumer, ma première grossesse s’est globalement passée sans problème, même si j'ai manqué de conseils sur l'alimentation végétarienne pendant la grossesse. Mon fils aîné est donc né en France, dans une grande maternité. Ce fut une naissance déclenchée 9 jours après le terme, avec ce qu’un déclenchement peut avoir d’inconvénients : des contractions immédiatement violentes et rapprochées (1 minute de contraction pour 1 minute de repos), une douleur très forte que je n’étais pas du tout préparée à gérer, la solitude en salle de travail jusqu’à ce que la sage-femme nous expédie d’urgence en salle de naissance, pas eu le temps pour la péridurale même si je hurlais de douleur, la poussée couchée sur le dos en respiration bloquée, la gynéco qui passe juste pour dire « poussez plus fort » (« pourquoi, il va mal ?? »), une épisiotomie de routine recousue pendant 45 minutes (!) d’abord sans anesthésie car la piqûre n’a pas fonctionné puis au gaz anesthésiant tellement je n’en pouvais plus. Le tout s’est déroulé heureusement très rapidement (3h30 entre la première contraction et la naissance). Mais j’ai trop souffert et surtout subi pour avoir vraiment pu accueillir immédiatement mon fils, qui est resté sous la lampe chauffante pendant tout le temps où on me recousait. Puis un séjour de 6 jours à la maternité où on m’a servi des plateaux « végétariens » carencés, et où mon fils s’est déshydraté par manque de lait avant qu’on lui donne des compléments. Faute de soutien et d’informations adaptées à mon cas, j’ai abandonné l’allaitement au bout d’une semaine.

Malgré tout, croyez-moi si vous le pouvez, sa naissance et le séjour à l’hôpital m’ont laissé un assez bon souvenir, parce que c’était la rencontre avec mon premier bébé et aussi parce que je ne savais pas quelles autres possibilités il existait pour mieux vivre une naissance. Ce petit résumé pour vous montrer la différence avec ce qui va suivre.

 

La grossesse en Allemagne

IMG_7152D’après ce que j’ai pu voir, le suivi de la grossesse en Allemagne est assez semblable à celui que j’avais eu en France. On peut se faire suivre par un(e) gynécologue et/ou une sage-femme de son choix, qui pratiquent un contrôle d’urine et de tension mensuel, puis toutes les 2 semaines à la fin ainsi qu’un monitoring. Il y a comme en France 3 échographies remboursées, à des dates légèrement différentes. En revanche, les autres examens, comme la mesure de la clarté nucale pour la trisomie, le test du diabète et la recherche de streptocoques, sont facultatifs et payants, environ 150 euros au total pour ces 3 tests.

Ce qui m’a amusée, c’est que le terme allemand est fixé une semaine plus tôt qu’il ne l’est en France, à 40 semaines d’aménorrhée au lieu de 41. Ainsi, mon terme était le 9 février alors qu’en France on m’aurait annoncé le 16 février. Mon fils, déjà attaché à sa terre natale, a choisi le terme allemand ;) En cas de dépassement de terme, la naissance n’est déclenchée qu’au bout de 2 semaines au lieu d’une semaine en moyenne en France, ce qui revient donc au même.

Dès sa grossesse, chaque future maman choisit une sage-femme (Hebamme) qui viendra régulièrement à domicile pendant les premières semaines après la naissance, pour s’assurer que tout va bien pour la maman et le bébé. On peut faire le choix d’une sage-femme (Beleghebamme) qui suit la grossesse et s’occupe ensuite de la maman et du bébé dans les semaines qui suivent, mais qui vient aussi à la naissance, que ce soit à la maison ou à l’hôpital. Ce « luxe » coûte de 250 à 500 euros, et n’est remboursé que par deux caisses d’assurance maladie. Personnellement, j’ai été suivie en parallèle par ma gynécologue et une sage-femme de la maison de naissance, qui vient désormais s’occuper régulièrement de mon bébé mais n’était pas présente à la naissance.

J'ai suivi une préparation à la naissance proposée par ma maison de naissance, pour parents ayant déjà un ou des enfants, ce qui m'a évité d'avoir à réentendre des généralités. J'ai également suivi un cours de yoga prénatal, ce qui m'a paru être une pratique très répandue parmi les futures mamans.

Ma grossesse s’est déroulée sans aucun souci à part les difficultés à marcher et à dormir des derniers mois. Mon bébé était estimé tout en haut des courbes de taille et de poids. Quant à mon alimentation végétalienne, elle n’a posé problème à aucun professionnel de santé que j’ai rencontré au cours de la grossesse. Sur le formulaire d’inscription de la maison de naissance, il y avait même une case « vegan » dans la rubrique « votre alimentation ».

 

La naissance en Allemagne

Les différentes possibilités et le principe de la maison de naissance

Pour la naissance, il existe davantage de possibilités qu’en France, puisqu’en plus de la maternité et de l’accouchement à domicile, on peut choisir une maison de naissance (Geburtshaus), ce qui fut mon cas. La maison de naissance, qui a pour vocation de permettre aux femmes de vivre leur accouchement de manière naturelle dans une ambiance respectueuse et non médicalisée à outrance, est en général une structure où ne sont présentes que des sages-femmes. La césarienne, la péridurale ou tout autre acte médical y compris sur le nouveau-né sont donc impossibles et nécessitent un transfert à l’hôpital. La maison de naissance que j’ai choisie est un peu particulière car elle se situe dans l’enceinte d’un hôpital, un anesthésiste peut être appelé si besoin et un médecin vient toujours assister à la fin de l’accouchement. Les actes médicaux sont donc possibles à tout moment. Ainsi, on a les avantages de la maison de naissance tout en ayant la sécurité de l’hôpital, ce qui me convenait parfaitement.

En maison de naissance, l’avantage principal, en plus d’un suivi personnalisé pendant la grossesse, est qu'une sage-femme, généralement celle qui a suivi la grossesse, est présente tout le long de l’accouchement. Dans ma maison de naissance, il s’agissait de la sage-femme de service ce jour-là, que j’aurais pu rencontrer pendant les nombreux rendez-vous au cours de la grossesse (j’en avais rencontré 6 sur 9, mais pas celle-ci, ce qui ne m’a aucunement dérangée puisque le dossier de chaque femme enceinte est très complet et que les sages-femmes discutent beaucoup entre elles des femmes qu’elles suivent. En plus elles sont toutes très sympas).

L’accouchement en maison de naissance, s’il peut paraître risqué, présente en fait généralement moins de complications car le moindre problème peut être détecté aussitôt par la sage-femme en permanence à nos côtés. De plus, seules les femmes ayant eu une grossesse non pathologique sont autorisées à y accoucher. Impossible donc en cas de naissance avant 36 SA, de diabète, de présentation en siège, de grossesse gémellaire....

 

Concrètement, ça se passe comment en maison de naissance ?

Sur les photos ci-dessous (cliquez pour les agrandir), vous avez un aperçu de la salle de naissance : pas la moindre trace d’une table d’accouchement avec des étriers, mais un grand lit avec couette et coussins, une baignoire, un ballon, des tabourets de naissance, des lumières douces, une chaîne hifi, des tableaux au mur… Quand je raconte qu’en France, on est en général obligée d’accoucher sur le dos, les gens ont du mal à me croire ici. Car il faut savoir que même à l’hôpital, les salles de naissance sont presque aussi agréables et bien aménagées que celle-ci.

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Photo 1: tabourets de naissance, grand lit avec coussins et couette; Photo 2: baignoire de naissance, chaîne hifi

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Photo 3: coin pour les soins du bébé.

Et ce qu'on ne voit pas, dans deux pièces attenantes: un coin cuisine, et une pièce avec couveuse et possibilité de césarienne d'urgence.

En maison de naissance (mais aussi à la maternité), la future maman a donc le choix absolu des positions pendant la dilatation et même la poussée. On a également le droit de boire et de manger, on est même encouragée à le faire pour avoir des forces, d’autant qu’on n’a pas de perfusion. J’ai donc pu manger du pain, des bonbons, et boire eau et jus de fruits. Quand une péridurale est posée, elle est si légère que, d’après ce qu’on m’a dit, elle permet encore de marcher. De même, le monitoring n’oblige pas à rester couchée mais permet de bouger, on peut même en avoir un sans fil dans le bain.

La médecine douce et les méthodes alternatives sont privilégiées pendant la grossesse et la naissance, comme les plantes et l’homéopathie : le grand remède de préparation à l’accouchement est la tisane de feuilles de framboisier (une tasse par jour de 36 à 38 SA puis deux tasses par jour jusqu'au terme) ainsi que l’homéopathie (caulophyllum 5 CH, un granule matin et soir pendant un mois avant le terme, et toutes les 20 minutes dès le début des contractions). Et pour soulager la douleur, la sage-femme propose des massages, un coussin de noyaux de cerises chaud, le bain, des positions adaptées, et selon ses compétences, de l’aromathérapie par exemple.

Chose appréciable, l’épisiotomie n’est pas pratiquée, on lui préfère une légère déchirure. Et surtout on prend toutes les mesures pour l’éviter : ainsi, la sage-femme m’a appliqué des compresses imprégnées de café chaud sur le périnée pendant toute la poussée, qui ont pour effet de dilater les vaisseaux, et je pense que c’est cette précaution ainsi que la poussée en expiration forcée (souffler avec le poing sur la bouche en gonflant le bas du ventre) qui m’ont permis de m’en tirer sans aucune déchirure malgré un gros diamètre de tête.

L’accueil du bébé se fait dans le respect en maison de naissance : il arrive dans une pièce modérément éclairée, est tout de suite posé sur sa maman, on attend un moment avant de couper le cordon, et à part une prise de sang du cordon, aucun soin n’est donné aussitôt (pas de bain, de test de la perméabilité de l’œsophage et de l’anus, de collyre antibiotique, etc). Il n’a été pesé, mesuré et inspecté en détail que 2h plus tard, après un bon câlin d’accueil.

Enfin, le principe de la maison de naissance est de laisser les nouveaux parents rentrer à la maison quelques heures après la naissance, sauf en cas de césarienne où la maman séjourne dans un hôpital proche.

 

Mon accouchement

Encore une fois, j’ai vécu une naissance très rapide, ce que je trouve plutôt bien car on n’a pas le temps de s’épuiser. Après la rupture de la poche des eaux le samedi à 17h, première contraction le dimanche matin à 5h15. Elles deviennent vraiment douloureuses à 8h quand on arrive à la maison de naissance, à 10h mon col est déjà dilaté à 7 cm, et mon fils est né juste avant midi.

Finalement, je n’ai pas tellement utilisé toutes les possibilités offertes à part le coussin de noyaux de cerises chaud sur les reins. Pendant ces quelques heures, je suis en quelque sorte restée dans ma bulle, totalement concentrée sur les contractions, à penser uniquement à ouvrir mon col à chaque expiration, en envoyant visuellement l’air vers le bas. Ainsi j’ai réussi à accueillir chaque contraction comme une chance qui me rapprochait de mon bébé, à l’accompagner, et à surmonter la douleur sans penser à la suite, au nombre de contractions qui restaient ou aux complications possibles (le yoga m'a sans doute aidée). Il ne fallait pas me parler ni me toucher pendant les contractions, j’étais tellement concentrée que je n’aurais pas pu faire deux choses à la fois. Si je n’ai pas vraiment eu besoin d’aide extérieure, l’ambiance rassurante et respectueuse et la présence bienveillante de la sage-femme m’ont grandement aidée à me sentir capable, moi qui étais pourtant de plus en plus stressée les jours d’avant. Pendant la poussée par exemple, j’avais peur que mon bébé ne descende pas assez vite, mais la sage-femme m’a rassurée et dit qu’on avait le temps, et même que je n’étais pas obligée de pousser à toutes les contractions, que je pouvais me reposer pendant les moins fortes. Totalement différent de la pression qu’on m’avait mise lors de mon premier accouchement !

Question positions, pendant la dilatation j’ai d’abord marché dans le couloir, en me tenant accroupie à chaque contraction, puis je me suis assise sur le ballon et le tabouret de naissance, avant de m'allonger sur le côté sur le lit. Je n’ai finalement pas eu envie de profiter d’un bain ni de mettre de la musique. Peur d’être déconcentrée, sans doute, dans le rythme que j’avais trouvé. Pour la poussée je me suis d’abord tenue à genoux sur le lit, accoudée sur des coussins à la tête du lit; et enfin couchée sur le côté, une jambe relevée sur l’épaule de la sage-femme, c’est comme ça que mon fils est né. Et à part le passage de la tête, je peux dire que la douleur a finalement été supportable. Et quelle fierté, quel bonheur de se dire qu’on a réussi à être actrice de son accouchement, et à mettre au monde par soi-même son bébé.

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La porte de la maison de naissance par laquelle on ressort quelques heures plus tard avec son bébé :)

Le retour à la maison

L’idée de devoir rentrer à la maison 4h après la naissance me réjouissait et en même temps me faisait un peu peur. Peur de ne pas pouvoir déjà me lever, marcher, prendre le taxi, et me débrouiller à la maison. En fait, 4h après une naissance physiologique sans complication et surtout sans épisiotomie, on peut tout à fait se lever et marcher, certes à petits pas et un peu voûtée mais ça va. Et les premiers jours à la maison je suis beaucoup restée couchée, mon mari s’occupant de tout, et comme la sage-femme passait tous les jours il n’y avait aucun souci à se faire question santé.

Les avantages du retour rapide à la maison sont nombreux : on est chez soi donc plus à l’aise qu’à l’hôpital (surtout en chambre double !) ; les frères ou sœurs ne sont pas privés de maman et découvrent tout de suite le bébé ; la maman profite d’être 24h sur 24 avec son ou ses chéris(s) ; et aussi, c’est là qu’on revient au végétarisme, on peut manger équilibré et en quantité suffisante avec des plats qu’on a pris soin de congeler avant la naissance ou cuisinés par son gentil mari. Certes le grand frère nous a laissé peu de répit le premier jour mais je n’ai pas trouvé que c’était plus fatigant qu’un séjour à la maternité où on est tout le temps dérangée par des pleurs et des soins.

 

J’ai vraiment de la chance d’avoir pu profiter de cette opportunité. Pour moi, accueillir mon bébé naturellement et dans le respect absolu ce ce petit être rejoint finalement mes valeurs de végane, qui sont entre autres la non-violence et le respect des plus faibles. Je vous avais bien dit que ce sujet avait quand même un lien avec le végétarisme ;)

Dans un futur article, je pourrai vous parler des premières semaines et mois du bébé en Allemagne.

 

N'hésitez pas à réagir à ce témoignage ou à me faire part de vos souhaits pour de futurs articles!